Indépendant & Entreprise - Spécial 1er Tour Présidentielle 2017

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N° 119
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Sommaire: 
  • Edito : Quel meilleur programme présidentiel pour les TPE ?
  • RSI
  • Pression fiscale nationale
  • Charges sociales
  • Réglementation sociale
  • Accès au financement

Quel meilleur programme présidentiel pour les TPE ?

L'élection présidentielle constitue un temps fort de nos institutions, celui où nous fixons, par notre vote, le cap économique, social, politique, qui sera suivi dans les cinq années suivantes. La Présidentielle 2017 présente à bien des égards des particularités uniques dans les anales de la Vème République. Pour la première fois, des primaires se sont déroulées au sein des deux plus grandes formations politiques en nombre d'élus, en vue de désigner, chacune pour leur part, leur candidat unique. Fait sans précédent, un candidat a émergé en dehors du soutien de tout parti, sans organisation politiquement structurée préalable. Pour la première fois, les instituts de sondage se sont systématiquement trompés dans leurs prévisions, ce qui amène les médias à prendre désormais un luxe de précautions lors de la présentation des sondages d'intentions de vote. Ces précautions se manifestent au travers de mises en garde récurrentes ("Nous rappelons qu'un sondage n'est que le reflet d'une situation à l'instant T") ou encore par l'introduction d'une donnée nouvelle, à savoir le caractère certain ou incertain de la réponse fournie par les personnes interrogées. Pour la première fois encore, la question des programmes des candidat(e)s s'efface presque entièrement devant la question de leur probité. Certes, les programmes ne sont plus abordés désormais au travers de clips de campagne convenus et froids comme un tract distribué sur les marchés. Chacun a eu l'occasion de s'exprimer, notamment au travers des médias audiovisuels, dans le cadre de débats aux modalités d'organisation très formatées, laissant ... 15 minutes (!) pour développer des propositions. Un fait reste malheureusement constant dans ce tourbillon média-politique : l'absence totale d'expression sur l'avenir de 98% des entreprises en nombre représentant 37% de l'emploi salarié et non salarié de ce pays, alors que le chômage constitue le problème fondamental pour ne pas dire originel d'un grand nombre des autres sujets abordés. Ces 98%, ce sont bien entendu les TPE.
Face à ce constat, le SDI s'est donné les moyens d'interroger en février dernier ses adhérents, et plus largement l'ensemble des TPE, au travers d'un échantillon représentatif de 1538 chefs d'entreprises artisans, commerçants, professionnels libéraux. Notre objectif était de déterminer de façon objective les attentes concrètes du terrain, de formuler des solutions et de les porter auprès des prétendants à l'élection présidentielle. A l'approche du 1er tour de cette élection, nous avons choisi de synthétiser les résultats de notre enquête et, surtout, d'en confronter les éléments de propositions avec les programmes des cinq principaux candidats.
Notre première satisfaction est de pouvoir constater que le RSI, considéré comme la priorité des priorités par les TPE et portée de longue date par le SDI, a fait l'objet d'un traitement de la part de chaque candidat, selon des modalités que nous laissons à votre appréciation et commentées par nos soins en pages 3 à 5 de ce numéro.
Vous nous avez indiqué que la fiscalité, et plus particulièrement la fiscalité nationale, doit être le second sujet dans le rang des urgences à prendre en compte lors de la prochaine législature. Nous vous invitons à vous reporter en page 6 pour constater que ce sujet est lui aussi présent dans tous les programmes consultés conformément aux préconisations du SDI, selon néanmoins des attendus qui ne sont pas nécessairement adaptés à la taille de nos entreprises.
Le sujet majeur de l'emploi, tant au travers de la question des charges que de celui de la réglementation du travail, fait naturellement partie intégrante de chaque programme publié. Comme vous le savez, le SDI avait élaboré son propre programme sur ce sujet, sur la base d'une précédente enquête, à l'occasion des discussions sur la loi El Khomri, dite "loi travail" en 2016. Le programme du SDI avait notamment été validé par la Commission des Affaires Sociales du Sénat, dont les amendements avaient malheureusement été rejetés in fine par l'Assemblée Nationale. Pour autant, qu'il s'agisse de l'enquête réalisée en 2016 ou de celle spécialement centrée sur le programme des TPE pour la prochaine législature de 2017, les réponses apportées ont été parfaitement identiques. Nos propositions n'ont donc pas évolué sur ce point. Ainsi que vous pourrez le constater en pages 8 à 11 du présent numéro, le thème du "social", qu'il s'agisse des charges ou de la réglementation du travail, suscite traditionnellement des réflexes dogmatiques difficiles à lever. Nous pouvons néanmoins nous déclarer satisfaits de la prise en compte par une majorité de candidats de l'affirmation du SDI selon laquelle le CICE, dans sa forme actuelle, ne répond pas à la question des charges sur les salaires, ni pour les TPE, ni (mais pour d'autres raisons) pour les grandes entreprises. Si la question des charges est donc prise en compte, celle de la réglementation du travail fait l'objet de traitements très divergents selon les candidats, y compris sur le thème du compte pénibilité dont le caractère inapplicable dans les conditions actuelles au sein des TPE est pourtant ultra simple à comprendre. Mais nous touchons là à la question du dogmatisme citée plus haut, lequel consiste en l'occurrence à considérer le monde patronal comme un bloc homogène et donc sans prise en considération du segment particulier des TPE.
Enfin, la question du financement de l'activité est le dernier sujet dans l'ordre des priorités évoquées, bien qu'il revête une importance vitale pour celles et ceux qui y sont confrontés. Les pages 12 et 13 du présent numéro sont consacrées à cette problématique, encore que le contenu des programmes des cinq principaux candidats soit particulièrement faméliques sur ce point, sinon totalement vide.
Nous vous souhaitons bonne lecture de ce magazine spécial et vous rappelons que le SDI est entièrement apolitique. Les thèmes choisis ne sont que ceux relatifs à l'activité des TPE et sont ceux évoqués comme prioritaires lors de notre enquête de février 2017. Les commentaires qui ont pu être ajoutés aux différents points des programmes des candidats sont objectifs, toujours au regard des besoins identifiés de l'entreprise tels que formulés dans le cadre des propositions du SDI, ces dernières étant cohérentes et précises afin de tenir compte des éléments techniques, juridiques et opérationnels possibles.

Le Secrétaire Général
Marc SANCHEZ

 

Solutionner la problématique RSI : la priorité des priorités des indépendants

Le RSI ne marche toujours pas

Le RSI en convalescence perpétuelle
Après 10 années de dysfonctionnements, la suppression de l’ISU (Interlocuteur Social Unique) issue de  la LFSS (Loi de Financement de la Sécurité Sociale) pour 2017 ne produira  pas plus d’effets à court et moyen termes, dans un contexte d’urgence absolue. Ainsi, l’une des missions principales du nouveau Directeur National du recouvrement est de proposer une évolution des systèmes d’information et de leur pilotage pour juin 2017. Autant dire qu’entre la proposition, l’aval nécessaire des caisses RSI et de l’ACCOSS, le financement, la conception, la mise en œuvre et le déploiement, les indépendants ne sont pas à la veille de connaître un système fiable de recouvrement de leurs cotisations.

Des services au fonctionnement erratique
Avec 58,6% des personnes interrogées qui ont rencontré au moins une difficulté avec le RSI sur les trois dernières années, le fonctionnement de cette institution présente encore de larges carences.
Les difficultés rencontrées peuvent revêtir de multiples formes, de la plus anodine (ex : réception de courriers contradictoires) à la plus lourde de conséquences (défaut de prise en compte du droit à Indemnités Journalières en cas de maladie).
Chacune de ces difficultés revêt toutefois une grande importance pour les personnes concernées. Ainsi, un professionnel du bâtiment qui soumissionne à un marché public doit fournir une attestation selon laquelle il est à jour de cotisations sociales, et donc de cotisations RSI.
Un simple grain de sable dans la machine RSI est susceptible de déclencher une réaction

en chaîne qui prive le professionnel de sa protection sociale, celle-ci n’étant effective que sous réserve d’être considéré par l’informatique défaillante du RSI comme à jour de cotisations.
A l’origine d’erreurs multiples, le RSI semble être particulièrement désorganisé sur un plan administratif.

Un service aux abonnés absents

Des relations très difficiles avec les assurés
Au regard de la désorganisation administrative constatée du RSI, les assurés recherchent naturellement un contact direct en vue d’exposer leur situation, comprendre l’origine de l’incompréhension et trouver une solution.Dans 76,04% des cas, ce contact est loin de produire les effets attendus.
Des services jugés incompétents
Le RSI est un peu mieux compris dans ses rouages et la mise en place du site internet « Mon Compte RSI » a largement contribué à l’allègement des procédures administratives.
Au constat néanmoins de l’absence d’amélioration globale du fonctionnement, c’est désormais la compétence des personnels qui est mise en avant comme explication majeure de la persistance des dysfonctionnements.

Les indépendants fuient le RSI

Le "Tout, sauf le RSI"
Échapper aux dysfonctionnements du RSI constitue l’une des priorités des professionnels indépendants. Conseillés par leur comptable, un avocat ou un collègue qui a déjà franchi le pas, ils s’organisent pour rompre (en toute légalité) tout lien avec cet organisme.
Les professionnels préfèrent quitter légalement le RSI en devenant assimilés salariés de leur SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle), quitte à verser 63% de cotisations sociales au lieu des 47% au RSI.

Le RSI : une expérience arrivée à son terme

Changer de modèle pour réconcilier les indépendants avec leur protection sociale
La fracture entre les professionnels indépendants et leur régime de protection sociale est irrémédiable.
Le RSI n’a jamais fonctionné correctement depuis son lancement en 2008. Cette structure a poussé des dizaines de milliers de professionnels indépendants au désespoir et à la faillite (cotisations erronées, pression des huissiers, absence de remboursement de frais de soins de santé, absence de carte vitale, …).
Tous les rapports dénoncent un dysfonctionnement lié à un partage des rôles et des responsabilités entre le RSI et l’URSSAF : deux structures dans l’incapacité humaine et informatique de communiquer.
Les constats de la désorganisation du RSI posés, tant par les travailleurs non salariés, que par les salariés du RSI, ainsi que par de multiples rapports (Cour des Comptes, IGAS, Sénat, Assemblée nationale), la question n'est plus aujourd'hui de savoir si les difficultés peuvent être surmontées mais si le RSI a encore un avenir.

 

 

Les constats du SDI

Le régime particulier des indépendants appelé à disparaitre
Les éléments techniques justifiant d’une disparition
Au-delà des dysfonctionnements, il convient de souligner que :
- le RSI est en déficit structurel avec 2,8 millions de cotisants et 6,3 millions de ressortissants.
- en 2020, 50% des cotisants seront des microentrepreneurs dont les revenus moyens tournent autour des… 400€/mois (tout confondu, y compris ceux déclarant un CA nul)
- la loi de financement de la Sécu de 2014 a prévu de compenser la suppression de la C3S versée au RSI, par le régime général, désormais contributeur essentiel à l’équilibre financier du RSI.
Les éléments de prospective justifiant d’une disparition
De nombreuses réflexions sont menées sur l’évolution de l’économie collaborative, l’ « Ubérisation » de l’économie, le déclin de l’emploi salarié et la volonté des français de créer leur entreprise.
Les parcours professionnels seront de plus en plus heurtés entre différents statuts : salarié, microentrepreneur, freelanceur, indépendant, chef d’entreprise.
A ce jour, les changements de statuts conduisent à des modifications importantes des conditions de couverture sociale dans tous les domaines (maladie, retraite, …), et le rattachement souvent heurté à différents régimes.
Telles sont les raisons pour lesquelles le SDI propose une gestion unique de la protection sociale par le régime général.

 

 

 

 

 

 

 

 

La fiscalité

Une baisse de la fiscalité nationale en priorité

Placée au second rang des priorités absolues d’une prochaine action présidentielle, la baisse de la fiscalité devra avant tout porter sur la fiscalité nationale (Impôt sur le Revenu, Impôt sur les Sociétés) comparativement à la fiscalité locale (Taxe Foncière, Contribution Economique Territoriale, Taxe Locale sur la Publicité Extérieure).
Une majorité de candidats est pour
Sur ce point, les programmes présidentiels qui intègrent la baisse de l’IS sont donc susceptibles de remporter les suffrages d’une majorité de professionnels indépendants, notamment parmi ceux ayant au moins un salarié, et jusqu’à 67% d’entre eux pour la catégorie des 10 à 19 salariés.
La proposition d’une baisse de l’IS figure notamment dans les programmes de Marine Le Pen, François Fillon et Emmanuel Macron.
Aucun candidat ne mentionne pour autant la fiscalité des Entrepreneurs Individuels
Il convient toutefois de souligner que les entrepreneurs individuels (professionnels qui exercent hors du cadre juridique d’une société) voient l’intégralité de leurs bénéfices considérée comme du revenu et fiscalisée comme telle.
La baisse de la fiscalité nationale qui pèse sur les entrepreneurs devra tenir compte de cette situation afin de placer sur un plan d’égalité l’ensemble des dirigeants d’entreprise.

 

 

 

Social

Les charges patronales : premier frein à l'embauche constaté par 83% des TPE

83% des TPE citent le coût du travail comme l’un des deux freins majeurs à l’embauche, dont une large majorité (54%) comme frein essentiel, avant les questions de la réglementation du travail ou de la pénurie de candidats.
Les conditions de l'efficacité d'une baisse du coût du travail pour les TPE
Pour qu’une réduction du coût du travail, et donc des charges patronales, produise un effet favorable auprès des responsables de TPE, il est nécessaire que la mesure soit tangible et immédiatement accessible.
Sur ce point, l’exemple à ne pas suivre est clairement celui du CICE. Son versement décalé dans le temps et son produit déconnecté des charges patronales puisqu’imputable sur la charge fiscale, aura conduit à un effet nul sur l’emploi dans les TPE.
En revanche, les mesures « zéro charges » produisent des effets d’ampleur et immédiats dès leur mise en place, ainsi que l’a encore prouvé la dernière expérience de 2016 sur le sujet.
Les enseignements des mesures zéro charge : un coût neutre pour la collectivité
Le rapport du CPO (Conseil des Prélèvements Obligatoires) de 2010 : 80% du coût amorti
Dans son rapport sur les Niches fiscales et sociales des entreprises du mois d’octobre 2010, le CPO (Conseil des Prélèvements Obligatoires) reprend les éléments d’évaluation du coût net des allègements de charges établi en 2008 par la DGTPE-DARES, et détermine un rapport de 1 à 5 entre le coût brut des allègements et leur coût net. Ainsi, un emploi créé ou maintenu dont le coût brut annuel au titre des allègements de charges serait de 27.000€, ne reviendrait en réalité à la collectivité qu’à 5.400€, compte tenu, d’une part, des moindres dépenses sociales induites et, d’autre part, du surcroît d’activité généré.
Etude Cahuc et Carcillo de Mars 2014 : 100% du coût amorti
Plus récemment, selon les conclusions d’un rapport de l’Institut Montaigne du mois de mars 2014 (Étude de Pierre Cahuc et Stéphane Carcillo : (« Alléger le coût du travail pour augmenter l’emploi : les clefs de la réussite »), « zéro charge » a eu un impact fort et rapide sur l’emploi.
« Le coût brut de création d’un emploi est de l’ordre de 12.000 euros par an pour les finances publiques. Ce montant peut sembler élevé, mais il est en fait comparable aux économies réalisées grâce à l’embauche d’un salarié qui consomme moins de revenus de transfert (assurance chômage, RSA ou aides sociales) et paie diverses cotisations sociales et impôts. Ainsi, au total, le coût net d’un emploi créé grâce à « zéro charge » avoisine zéro ».
Soulignons qu’en tout état de cause le « retour sur investissement » d’une telle mesure est à la fois plus certain et plus rapide que celui relatif au CICE pour lequel le Comité de suivi s’interroge encore sur la ventilation de l’affectation des sommes entre investissement, emploi, trésorerie, rémunérations et dividendes.
La seule certitude à cet égard reste l’évolution du chômage telle que nous l'avons connue ces dernières années, essentiellement du fait des restructurations des grandes entreprises pourtant premières bénéficiaires du CICE.
Un impact majeur sur l'emploi dans les TPE
Le dernier dispositif "zéro charge" en date dénommé "Prime à l'embauche pour les PME" a généré sur la seule année 2016 un flux d'1,1 million d'embauches, selon les chiffres du ministère du Travail. Le dispositif a attiré au premier chef les TPE avec un bond des embauches en CDD de plus de 6 mois de 37,4% au 1er trimestre 2016 par rapport au 1er trimestre 2015.

 

La question de la réglementation du travail

La prééminence de la question du coût du travail comme premier obstacle à l’embauche, ne doit pas pour autant occulter celle de la réglementation du travail, citée comme premier frein (20%) ou second frein (52%) dans le cadre de l’enquête OpinionWay réalisée par le SDI en février 2017.

Les 35h pénalisent toujours les TPE

Dans le détail, les TPE privilégient la suppression de la référence aux 35H comme temps de travail hebdomadaire, et donc comme seuil de déclenchement des heures supplémentaires.
Le temps de travail strictement encadré
Les 35H sont vécues par une écrasante majorité de responsables de TPE comme une limite haute de temps de travail hebdomadaire, la limite basse étant issue du principe d’une durée de travail de 24H/semaine minimum.
Le temps de travail de 35H peut certes être dépassé mais à un coût financier élevé pour l’entreprise et de façon administrativement très encadrée. Les TPE, pourtant les plus agiles en principe, n’ont clairement pas accès au même titre que les grandes entreprises à la capacité de négocier des accords de temps de travail annualisé, voire des accords de « compétitivité » comme Michelin en avril 2016. Les TPE ne disposent ni des compétences patronales et salariales en interne ni des conventions collectives adaptées à leurs spécificités.

TPE et Grandes entreprises expriment des attentes différentes
Souplesse pour les grandes entreprises
Les grandes entreprises entendent disposer de la capacité à moduler en interne les règles sociales applicables, dans le cadre d’accords conclus entre les spécialistes juridiques que sont leurs services RH et les délégués syndicaux.
Simplicité - Accessibilité - Clarté pour les TPE
Les TPE, loin d’être en capacité de disposer des mêmes niveaux de connaissances et de technicité, n’ayant ni le temps ni l’envie de les acquérir, ont avant tout besoin que la législation sociale réponde à trois impératifs :  Simplicité - Accessibilité - Stabilité.
Reconnaître la spécificité des TPE
Au constat qu'elles représentent 98% des entreprises en nombre, 37% de l'emploi salarié et non salarié de ce pays, la revendication de reconnaissance de ce segment d'entreprises portée par le SDI est pour le moins légitime. La gestion sociale, presque familiale, du personnel d'une TPE, ne peut en aucun cas se comparer à la gestion administrative de celui d'une grande entreprise. Les responsables de TPE sont proches de leurs salariés car ils travaillent aux côtés les uns des autres, sans intermédiaire, sans formalisme. Il est pour le moins aisément compréhensible que, partant de ce constat, les relations humaines prennent le pas sur les relations sociales et qu'un minimum de confiance soit accordée aux uns et aux autres pour organiser au mieux la relation de travail et les conditions d’exercice de ce dernier, le cas échéant sur la base d'un socle commun simple et compréhensible par toutes les parties tel qu'un code du travail dédié aux TPE.
Des entraves à une gestion sociale sereine
Le compte personnel de prévention de la pénibilité
Voté en 2014 pour une mise en œuvre au 1er janvier 2015, le «compte pénibilité» est encore loin d’être une réalité au sein des entreprises. Les TPE notamment estiment être dans l’incapacité d’assumer de telles surcharges de gestion administrative, au surplus sur la base d’éléments non vulgarisés à ce jour.
Un texte source d'insécurité juridique
Il aura fallu une nouvelle loi pour enfin tenir compte de l’incapacité pour les TPE à formaliser le projet initial, encore que l’insécurité juridique demeure dans l’attente de l’établissement des référentiels métiers par les partenaires sociaux, référentiels devant eux-mêmes faire l’objet d’une validation par le Ministère du travail et des Affaires sociales, sans omettre la question de l’extension des accords de branches devant intégrer lesdits référentiels.
Les TPE abandonnées par les partenaires sociaux
L’absence de référentiels de branche constitue une nouvelle manifestation de la carence des partenaires sociaux, en l’occurrence des organisations patronales représentatives, qui refusent toute négociation au motif de leur opposition à la mise en place d’un dispositif qu’elles ont pourtant contribué à élaborer.
Une nouvelle fois, ce sont les TPE qui se retrouvent désemparées, conscientes de la nécessaire mise en place d’une obligation légale financièrement sanctionnée, sans disposer d’aucun moyen juridiquement sécurisé.
Des conventions collectives aux processus de décision lents et lacunaires
Des dispositions inadaptées
Toutes professions confondues, les professionnels indépendants considèrent à une large majorité (de 70% à 88%) que les dispositions des conventions collectives applicables à leur entreprise ne sont pas adaptées aux TPE.
De fait, un nombre extrêmement restreint des 520 conventions collectives en vigueur tient compte de la spécificité des TPE dans l’élaboration des règles applicables.
Des partenaires sociaux peu diligents
Les partenaires sociaux ne semblent pas par ailleurs particulièrement diligents dans l’actualisation des conventions collectives. Ces dernières deviennent alors sources d’insécurité juridique pour les TPE, compte tenu de temps de latence de plusieurs années pour une mise en conformité avec la loi (7,5 ans pour l’aménagement du temps de travail dans le secteur CHR), avec la jurisprudence (la convention collective de la coiffure n’est toujours pas à jour depuis 2008 concernant les clauses de non concurrence), voire de l’absence d’accord sur certains sujets cruciaux (temps de travail de 24h hebdomadaires minimum, modalités d’aménagement du temps du travail, …).
Un risque prud’homal non maîtrisé
Les Conseils de Prud’hommes constituent clairement la bête noire des professionnels indépendants.
Face à une législation sociale complexe, à des procédures juridiques et judiciaires qu’ils ne maîtrisent pas, et au constat d’un taux de condamnation en première instance de 70%, les chefs d’entreprise souhaiteraient au moins disposer d’une évaluation précise de leurs risques.

 

Le financement des crédits de trésorerie

Le financement comme obstacle majeur au développement des TPE

1 TPE sur 2 exprime un besoin de trésorerie
Avec près d’une TPE sur deux qui exprime à l’heure actuelle des besoins de trésorerie, cet item est central parmi ces responsables d’entreprises.
Un frein à la survie et au développement des TPE
La question du financement revient par ailleurs en tête des citations (51%) lorsqu’il s’agit de définir les principaux freins au développement de l’activité.
Trésorerie offensive et trésorerie défensive
L’expression de besoins de trésorerie ne signifie pas nécessairement que l’entreprise rencontre des difficultés, liées à une problématique de gestion ou de délais de paiement (trésorerie « défensive »).
La trésorerie est aussi une nécessité en phase de croissance dans l’attente d’un retour sur investissement ou pour répondre à une commande plus importante qu’habituellement (trésorerie « offensive »).
Dans les deux hypothèses, les TPE n’accordent qu’une confiance très mesurée à leur partenaire bancaire pour assurer leur financement.

Des coûts de financement bancaire prohibitifs
72% des crédits de trésorerie à des taux jusqu'à 22%
De fait, en ce qui concerne plus particulièrement la trésorerie, le réseau bancaire traditionnel est particulièrement défaillant avec un taux de financement sous forme de crédit à hauteur de seulement 28% des demandes. Lorsqu’un crédit de trésorerie classique présente à ce jour un taux de 2,17%, le découvert en compte est accordé en contrepartie d’un taux de 9,93%. Un découvert hors autorisation produit pour sa part un intérêt de 13,29%, sans compter les multiples commissions d’intervention qui le font monter en moyenne à 22`%.
Le secteur bancaire soutient les TPE comme la corde soutient le pendu
Des besoins de trésorerie inférieurs à 15.000€ pour 88% des TPE
Les besoins en crédit de trésorerie manifestés par les TPE relèvent pour autant du micro-crédit, puisqu’ils se cantonnent à moins de 15.000€ dans 88% des cas, dont moins de 5.000€ dans près de la moitié des cas (49%).
La restriction d’accès aux petits crédits de trésorerie comme levier de profitabilité bancaire
Pour la banque de détail avec guichets, les TPE restent le dernier bastion de leur ancien modèle économique. Alors que la clientèle des particuliers fuit vers les banques en ligne, que les consommateurs bénéficient d’une surprotection (interdiction de découverts sur le long terme, plafonnement des commissions d’intervention en nombre et montant mensuels), seule subsiste la TPE et son obligation légale de disposer d’un compte professionnel pour compenser les pertes enregistrées sur les autres segments de clientèle.  
Dans ce contexte, et avec des taux de refinancement proches de zéro, le levier le plus simple et le plus rentable de profitabilité reste le découvert dont les taux élevés sont restés quasi inchangés depuis les niveaux atteints lors de la crise de 2008.
Un scoring serré
A la décharge des conseillers bancaires, il est clair que certains profils d’entreprise sont sur la liste rouge des services d’octroi des crédits. Ainsi, proposer un crédit de trésorerie à un commerçant, un professionnel du BTP ou une entreprise de 10 à 19 salariés suppose le montage fastidieux d’un dossier qui a toutes les chances d’être refusé par la Direction Régionale. Dans ces circonstances, il est plus sûr et pratique de laisser filer un découvert, même s’il en coûte beaucoup plus au client.